Du contractant au co-développeur
Aertssen mise sur les friches, la circularité et les hubs énergétiques
Le groupe Aertssen s’est forgé une réputation de poids lourd dans les travaux d’infrastructure, le terrassement, la démolition, la construction routière, les travaux environnementaux, le désamiantage, la dépollution, les techniques de fondation et de soutènement et le rabattement des nappes phréatiques. Cette entreprise familiale belge propose également des solutions de levage avec des grues mobiles et sur chenilles, du transport multimodal et de la logistique lourde, ainsi que de l’ingénierie en interne. Présent dans plus de 30 pays et bien implanté au Moyen-Orient, le groupe Aertssen continue d’investir dans l’innovation, la durabilité et le développement des talents. Cette large expertise et cette approche intégrée positionnent également le groupe comme un co-développeur de valeur, notamment sur les friches où la complexité technique, les défis liés aux permis et l’acceptation sociale sont des facteurs décisifs.
« Nous choisissons de co-investir lorsqu’un projet atteint une certaine envergure et que le parcours d’obtention des permis est réaliste », explique Yves Aertssen. « Dans ces cas, nous jouons un rôle actif de co-développeur, toujours avec une transparence totale sur les méthodes, les coûts et les risques. “Ensemble dans l’aventure, ensemble jusqu’au bout” n’est pas qu’un slogan, c’est notre philosophie. »
Quand co-investir
Le choix d’Aertssen d’aller au-delà du simple contrat est réfléchi. À la base, le groupe reste avant tout un contractant, avec de nombreux projets réalisés en cette seule qualité. Cependant, lorsqu’un site est vaste, techniquement complexe et qu’un parcours d’obtention de permis crédible existe, Aertssen accepte de partager les risques avec un partenaire de développement. « Les développeurs nous sollicitent souvent lorsqu’ils souhaitent un partenaire doté d’une expertise pointue en dépollution ou en démolition », indique Yves Aertssen. « C’est un échange équilibré : ils répartissent les risques, nous apportons notre savoir-faire. »
« “Ensemble dans l’aventure, ensemble jusqu’au bout” n’est pas qu’un slogan, c’est notre philosophie. » Y. Aertssen
Leçons tirées des friches à long terme
Peu d’aspects de l’immobilier belge sont aussi imprévisibles que l’obtention des permis. « Des délais de plus de dix ans ne sont pas rares », admet Aertssen. « Cela exige de la patience et des partenaires fiables. » Le projet « De Zaat » à Temse illustre à la fois les défis et les opportunités. Ancien chantier naval à l’abandon, il est devenu, en près de 25 ans de revalorisation avec Cordeel, un espace vivant de 85 hectares mêlant logements et PME. « Nous avons toujours suivi le rythme du marché », explique Aertssen. « On pourrait aller deux fois plus vite, mais alors le projet ne serait pas véritablement adopté par la communauté. » Certaines leçons ont eu un coût. Sur un site, la dépollution a commencé tôt pour faire preuve de bonne volonté, mais les permis et l’adhésion locale n’ont jamais suivi. « Nous avons investi trop tôt », dit-il. « C’est une erreur que nous ne referons pas. Il faut avoir une vue d’ensemble avant d’engager des investissements lourds. »
Pour Aertssen, le « brownfield covenant » est un instrument clé : un accord volontaire entre développeurs, propriétaires fonciers, gouvernement flamand et autorités locales, visant à accélérer la revalorisation grâce à une sécurité juridique, des délais clairs et un accompagnement coordonné. « Cela crée un cadre, réduit l’incertitude et facilite l’alignement des partenaires publics et privés », souligne Aertssen.
Circularité et gestion du CO₂
La durabilité n’est plus une option. « Pour nous, la démolition circulaire signifie une véritable réutilisation, et non un simple traitement responsable », affirme Aertssen. Les briques sont soigneusement séparées et réemployées dans de nouveaux projets ; lorsque ce n’est pas possible, elles sont transformées sur place en matériaux secondaires. « Rien ne finit en décharge », insiste-t-il. De plus en plus, des éléments entiers de bâtiments sont récupérés, bien que l’adéquation entre l’offre et la demande reste un défi.
L’électrification progresse rapidement, surtout en milieu urbain. Le groupe Aertssen est certifié niveau 5 sur la CO₂ Performance Ladder, le standard le plus élevé, avec un engagement sur des objectifs mesurables couvrant les émissions des scopes 1, 2 et 3. Ces indicateurs sont directement intégrés aux appels d’offres. « Cela garantit que les soumissionnaires aux ambitions environnementales élevées ne soient pas pénalisés par des coûts initiaux plus importants — ils peuvent même en tirer un avantage lors de l’évaluation », explique Aertssen.
Les friches comme futurs hubs énergétiques
L’avenir des friches va au-delà du logement ou des parcs PME : elles ont un potentiel de hubs énergétiques décentralisés. Sur les propres sites d’Aertssen, des panneaux solaires, des éoliennes et des systèmes de batteries sont déjà intégrés pour alimenter un parc de machines de plus en plus électrifié et, potentiellement, contribuer à l’équilibrage du réseau. « Nous expérimentons ces technologies nous-mêmes, mais recherchons toujours des partenariats », précise Aertssen. « Le capital nécessaire est trop important pour un seul acteur, et l’apprentissage collectif renforce tout le secteur. »
Parties prenantes, permis et le “S” de l’ESG
Les retards dans le développement des projets résultent souvent de recours juridiques. « Trop souvent, n’importe qui peut bloquer un permis pour très peu d’argent », observe Aertssen. Il plaide pour des seuils plus stricts mais souligne aussi l’importance d’un dialogue précoce et transparent avec les communautés locales. « Écouter ouvertement et prendre en compte les avis peut transformer des opposants en alliés », note-t-il.
Cette approche inclusive sera centrale pour la revalorisation de SVK à Saint-Nicolas, une friche fortement polluée et située en centre-ville qu’Aertssen a co-acquise avec la famille Beerens via Stones. Représentant près d’un quart de la superficie de la ville, ce site offre un potentiel pour de nouveaux logements, des équipements publics et des zones d’emploi. « C’est une occasion unique de créer une réelle valeur ajoutée pour la ville », affirme Aertssen.
Le rôle des conseils immobiliers
Interrogé sur la contribution des conseils immobiliers aux projets de revalorisation complexes, Aertssen est formel : les conseils immobiliers comme CEUSTERS jouent un rôle crucial pour faire le lien entre développement et exploitation à long terme. « Un bon conseil et gestionnaire immobilier s’assure qu’un site ne se contente pas d’avoir bonne allure à la remise des clés, mais continue à fonctionner de façon optimale pour les locataires, résidents et investisseurs », explique-t-il. Leur implication dans l’exploitation courante, la maintenance et la gestion des locataires est ce qui garantit la valeur sur le long terme. »
Accessibilité financière et nouveaux modèles d’habitat
L’accessibilité au logement est un défi majeur. Aertssen ne conserve pas d’actifs résidentiels sur le long terme mais reconnaît le basculement progressif du marché vers la location. « De moins en moins de personnes peuvent devenir propriétaires », déclare Aertssen. « La location devient la nouvelle norme. Nous concevons donc nos projets avec une flexibilité intégrée, permettant aux investisseurs et opérateurs de prendre facilement le relais. »
Diversification des secteurs et des continents
Bien que le développement immobilier reste une activité modeste au sein du groupe Aertssen, elle s’inscrit naturellement dans les opérations plus larges de l’entreprise. L’infrastructure et la construction demeurent la colonne vertébrale, la division des grues soutenant des projets de levage d’envergure tels que l’assemblage d’éoliennes. La branche transport et logistique est devenue un partenaire de confiance pour les fabricants d’équipements d’origine (OEM), prenant en charge l’assemblage et le déplacement de machines lourdes avant leur livraison aux distributeurs. La diversification a même mené Aertssen outre-Atlantique, avec une base logistique à Savannah, en Géorgie.
À l’international, l’entreprise a suivi ses clients clés au Moyen-Orient dès 2006, où elle est désormais solidement implantée sur de grands projets industriels et immobiliers, assurant à la fois la construction et la location de machines de haute qualité avec opérateurs. Ensemble, ces divisions font d’Aertssen un véritable partenaire tout-en-un — des fouilles à l’infrastructure énergétique, jusqu’à la revalorisation complète.
L’humain au cœur de la croissance
Derrière la diversification d’Aertssen se trouve une philosophie centrée sur l’humain. Fort de plus de 2 300 employés, le groupe familial est fier de traiter ses collaborateurs sur un pied d’égalité — en Belgique comme à l’étranger. « Peu importe leur lieu de travail, chaque collègue fait partie de la famille Aertssen », affirme Aertssen. L’entreprise investit dans une rémunération juste, le développement professionnel et des perspectives à long terme.
Cette approche reflète l’héritage familial d’Aertssen. L’histoire a commencé il y a plus de 60 ans, lorsque le grand-père d’Aertssen, agriculteur à Oorderen, a été déplacé par l’extension du port d’Anvers. Contraint de repartir de zéro, il acheta une grue et un camion et lança une entreprise de travaux publics. La deuxième génération a élargi les activités et aujourd’hui, la troisième guide le groupe, ancré dans une vision à long terme, l’excellence technique et un profond sens des responsabilités envers ses équipes. « E, S et G comptent tous », conclut Aertssen. « Si nous voulons continuer de grandir, nous devons évoluer avec nos équipes — équitablement, durablement et avec une vision à long terme. C’est la seule voie possible. »
« Si nous voulons continuer de grandir, nous devons évoluer avec nos équipes. »